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23.5.06 19:20


My Bloody Valentine – Loveless (à Lester Bangs)

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Du nom du disque, à sa pochette, en passant par le son, les chansons, My Bloody Valentine est une réelle machine créative, dévastatrice d’idées. La liste des ingénieurs et des producteurs est longue : le disque a pris 3 ans et près de 20 studios différents pour être enregistré. Pourtant, étrangement, le son est d’une cohérence extrême. C’est l’un des facteurs de réussite totale de cet album qui peut agacer à la première écoute, mais sur lequel on revient toujours, forcément. My Bloody Valentine fait parti de ces groupes à l’étiquette «indépendant». Pour autant, sa musique n’est pas élitiste, et le grand public ne la bouderait pas. La preuve, Kevin Shields s’est occupé de la bande originale de Lost In Translation : travail remarquable, en accord complet avec le film. Dans cette compilation, il mettait «Sometimes» qui vient de Loveless, ainsi que quelques inédits, et une chanson de Jesus And Mary Chain, chef d’œuvre de la pop : «Just Like Honey». Ce n’est pas un hasard si les thèmes qui y reviennent sont les mêmes que ceux de Loveless, ce fameux thème, nous en parlerons sous peu. Il est donc aussi urgent de ne pas manquer la case Creation, label du groupe, ainsi que J&MC, Primal Scream et de House Of Love : dans la même lignée, ces formations ont chacune marqué fortement la fin des années 80 et synthétisé mieux que personne les 30 années passées derrière eux. Ce que MBV a de radicalement différent, c’est le son.

 

Le son My Bloody Valentine est tourné vers l’innocence, et c’est ce qu’il y’a de plus impressionnant dans ce groupe qu’on croirait adulte, que certains taxeraient d’ennuyeux, de peu excitant. On a l’impression que les musiciens avancent sans trop savoir où ils vont, quoi de plus merveilleux que cette quête vers des horizons nouveaux. Kevin Shields a crée l’expérience musicale la plus abouti à nos jours : c’est un peu comme si enfin, on avait crée la tige de fer avec laquelle, trempée dans de l’eau savonnée, on pourrait faire des bulles carrées. L’utilisation de l'expression «en place» perd tout son sens à l’écoute de My Bloody Valentine, même si tout est plus que parfaitement joué. Cette «matière musicale», cette «architecture sonique» comme se plaisent à l’appeler de nombreux fans du groupe, c’est ce qu’on pourrait appeler le surnaturel de la musique. Fait en même temps d’une suite d’accord joué sur une guitare clean, et de nappes de distorsion, ainsi que de synthétiseurs, on croirait parfois entendre une perceuse, ou un escadron d’avions percer le mur du son…sur l'obsédante «Touched», la troisième piste et plus étrange, on croirait entendre un troupeau d’éléphants se plaindre, sur un agaçant rythme tribal. Parfois, ce sont des voix de sirènes. Il y’a quelque chose de profondément futuriste, comme si les accords les plus simples plongeaient dans une 3e dimension, virtuelle, numérique, ultrarapide et claire. Le son va au-delà des rêves, il n’a pas de semblable, et est à peu près égal au premier pas de l’homme sur la lune.

Le groupe est manichéen, d’entrée de jeu. Une pochette rose comme un cœur avec ce titre agressif et prenant, «Loveless». C’est à chaque chanson l’opposition entre une mélodie rose et chaude et des guitares noire glaciales et distorsion. Au dessus de cette bataille, planent deux voix démentes, celles de Bilinda Butcher et l’autre de Kevin Shields. Des étranges sons de perceuses de «To Here Knows When», au synthé coloré de «When You Sleep», aux chœurs fantastiques de «Blown a Wish», chaque note de Loveless est une création, une réalisation. L’atout majeur du disque c’est que les chansons n’ont pas été oubliées comme un gâteau couvert de crème, les chansons sont prenantes. Encore une fois, renversante idée, que ces titres flous, que les paroles rendent nettes. Le sommet du disque , la phrase qui pourrait résumer l’œuvre se trouve dans «Sometimes» :

 « Turn my head / into sound / I don't know when I lay down on the ground / You will find the way it hurts to love”

 Tout est dit, c’est le massacre dans le Coeur des auditeurs, de celui de Kevin Shields, dans l’ampli qui crache cette guitare amère. On peut prier pour que cette histoire ne soit pas celle de l’être humain, c’est en tout cas celle d’une génération. Lost In Translation dont nous parlons plus haut en est la parfaite illustration : celle de deux âmes semblables dans deux corps aux fonctions différentes. Un amour techniquement impossible, un désespoir humide, plein de lumières rouges, vertes et dorées d’immeubles de 80 étages, du vent frais de la ville, de la saleté des trottoirs. Le sujet est là, l’amour et l’insatisfaction que cela apporte. 11 chansons, et autant de questions posées, sans réelle autre réponse que celle de rêver : «Blown A Wish», se coller la tête contre son lit et prier, quelqu’un qui soit en haut, peut importe qui. Ce disque est alors peut être alors un hommage, un travail rendu à la sainteté, colorié de la plus belle manière qui soit, pour célébrer et crier sur tous les toits, sa vie et sa mort , son  désespoir. En cela, Loveless est l’un des plus beaux albums jamais écrits et enregistrés, qui ne regarde en rien l’effort intellectuel inutile et pédant. Le mal être des chansons de My Bloody Valentine se retrouve pleinement dans le Spleen de Baudelaire, l’insatisfaction amoureuse, les sentiments supersoniques, cette amertume urbaine , nocturne. Et puisque lui le dira mieux que moi, autant citer directement la personne concernée , qui dans son poème «A une Passante» des Fleurs Du Mal , mettait un visage sur le désespoir, retirait le voile sur la peur de la mort, annonçait le Velvet Underground et la poésie maladive et urbaine de Lou Reed, créait , enfin,  My Bloody Valentine :

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

14.5.06 22:10


VERSL'INFINIETAUDELA

Les Shades, jouent pour la première fois en province.
SAMEDI 22 AVRIL
20h30

-La Grande Rotonde
-2 Bis, Place Cauchoise
-ROUEN
-76000

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21.4.06 15:14


12.4.06 12:46


10.4.06 12:54


15.3.06 23:57


2.3.06 22:27


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